Lavez-vous les mains très souvent et toussez dans le creux de votre coude. Une épidémie se dirige droit sur la région.
Certains seront pris de sueurs intenses et leur température corporelle grimpera en flèche.
Certains sentiront une vive fatigue musculaire et tiendront à peine debout.
Certains auront de la difficulté à respirer et de violentes palpitations cardiaques.
Certains souffriront de brulures cutanées de degré variable.
Certains ne cesseront de frissonner et subiront une extinction de voix.
Certains ressentiront des étourdissements et des nausées.
Malheureusement, codéine, épinéphrine et morphine ne pourront soulager les malades de leurs douleurs et de leur insuffisance respiratoire. Les maisons seront désertées et les rations de liquide éthylique diminueront à un rythme alarmant.
Mais rassurez-vous, une telle épidémie frappe la région chaque année et elle n’a clamé aucune victime jusqu’à maintenant…
Souriez plutôt, la fièvre du printemps se dirige droit vers Le Massif de Charlevoix!
Préparez-vous à souffrir de montées de chaleur en dévalant à toute allure les pentes couvertes de neige humide. Vous peinerez à marcher une fois rendu aux remonte-pentes, mais ne vous inquiétez pas, ça arrive à tout le monde. Si votre cœur bat frénétiquement et que vous avez de la difficulté à respirer, ne vous retournez surtout pas vers le fleuve, il vous coupera davantage le souffle. Assurez-vous d’appliquer de la crème solaire si vous ne voulez pas être affligés de coups de soleil. Et quand les télésièges cesseront de tourner, dirigez-vous vers le chalet pour vivre l’ambiance endiablée des après-skis du printemps. Prenez garde de ne pas trop crier pour éviter les extinctions de voix. Et finalement, allez-y avec modération sur l’alcool, sinon c’est les étourdissements et les nausées qui vous attendront.
Et si vous n’étiez pas encore préparés à affronter un tel « calvaire », rassurez-vous, dame Nature a décidé de coopérer cette année en freinant quelque peu la fièvre avec une bonne tempête de neige.
Finalement, cette épidémie n’est pas aussi effrayante qu’elle n’y parait, on se voit au Massif Open?
Avez-vous déjà ressenti un vif, soudain et bref sentiment d’excitation? Un tremblement d’émotions causé par un moment incroyable d’une chanson, d’un discours, d’un film ou de votre vie? Avez-vous déjà senti un courant électrique prendre naissance dans votre nuque, descendre le long de votre colonne vertébrale et se propager jusque dans vos bras et jambes laissant derrière lui des poils hérissés? C’est ce qu’on appelle plus communément un « frisson » et c’est lié à une augmentation dans les niveaux de dopamine, les neurotransmetteurs précurseurs de l’adrénaline et de la noradrénaline. Ladite molécule du plaisir.
La première fois que j’ai ressenti une telle sensation, j’étais tout jeune, encore à l’école primaire. En guise d’introduction de mon premier cours de piano, mon professeur m’a fait écouter une pièce de Beethoven. Durant un passage, ça m’a frappé. J’ai senti le courant parcourir tout mon être et j’ai tremblé de façon involontaire l’espace d’un instant.
Après avoir vécu le « frisson » pour la première fois, la vie devient une quête pour répéter l’expérience. Et j’ai eu la chance de revivre cette sensation au cours des années qui ont suivi. Que ce soit en marquant un but en tir de barrage lors de la finale d’un tournoi de soccer, en écoutant des discours poignants, des chansons extraordinaires ou des films époustouflants.
Mon dernier « frisson » est tout récent. Il s’est produit le 20 février 2013 au Massif de Charlevoix. Plus de soixante centimètres de neige se sont accumulés en l’espace d’une journée sur la Montagne. Je suis arrivé tôt ce matin-là, très tôt, prêt à affronter ce tsunami de neige. Quand la banderole orange s’est levée à 9 heures, je me suis propulsé en fou pour être en tête de la masse de skieurs. Je voulais, à tout prix, être le premier sur la piste.
J’ai effectué des virages incroyables dans la Simard, descendant à toute allure, flottant sur la masse de neige folle qui recouvrait toute la piste. Chaque virage se faisait sans effort. Mon corps sans masse se laissait guider dans ce torrent blanc. Arrivé aux télésièges, j’étais tout sourire. La meilleure journée de l’année venait de commencer.
Je savais par contre que la Simard avait été damée au cours de la nuit et qu’elle ne témoignait pas de l’ampleur des accumulations. Je me suis donc dirigé vers un terrain moins exploré, le sous-bois de la Fortin.
La vue qui s’est offerte devant moi une fois arrivé au sommet est indescriptible. Tous les skieurs rêvent de voir un beau dénivelé couvert de neige, parsemé de quelques arbres et le plus important, non tracé. Dame Nature a déroulé son tapis blanc et elle n’attend que moi.
Je lève mes jambes pour déterrer mes skis et je me lance pour anéantir la quiétude qui règne dans ce bois. Je remarque tout de suite à quel point la neige est plus profonde. J’évite deux ou trois arbres. J’accélère. Encore deux ou trois arbres. S’ouvre alors devant moi un immense champ de bosses de neige, toutes intactes. Elles me servent de tremplin, propulsant du même coup de grandes quantités de neige dans mon visage. Je pousse un cri d’excitation. Le temps semble se ralentir, j’apprécie chaque seconde de cette expérience unique. À tous les virages, je sens mes skis s’enfoncer dans une quantité phénoménale de neige pour en ressortir juste à temps pour le prochain. Je me permets même d’avancer en ligne droite à travers la forêt.
C’est là que je le sens venir, le « frisson ». Je le sens se former à la base de mon crâne, une petite sensation qui s’amplifie en un éclair. Éclair qui se propage tout le long de ma colonne. Je le sens passer dans mes bras et dans mes jambes. Même jusque dans mes mains et mes pieds. Mon dos se cambre et je me mets à frissonner de tout mon être l’espace d’un moment. Lorsque l’éclair emprunte le chemin inverse, il laisse derrière lui des poils hérissés et un grand sourire sur mon visage.
Donc la prochaine fois que vous verrez quelqu’un filer à toute allure dans une piste à l’ouverture vous saurez qu’il est en quête. En quête d’un « frisson ». Et c’est la même chose pour les gens qui font un pari audacieux au casino, qui sautent d’un avion en parachute ou qui se portent volontaires pour tirer au but lors de la finale d’un tournoi de soccer, ils sont à la recherche d’un « frisson ».
Et si vous n’avez jamais eu la chance de vivre une telle émotion, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c’est de vous lever tôt et de venir au Massif la prochaine fois que soixante centimètres tomberont sur la Montagne.
Les mondiaux juniors sont commencés! Je vous jure, j’étais à l’Hôtel La Ferme pour le coup d’envoi, j’ai tout vu ça aller.
J’étais là quand les enfants se sont mis en ligne avec les drapeaux.
J’étais là quand le Train est arrivé.
J’étais là quand les athlètes ont descendu de leur voiture.
J’étais là quand les discours protocolaires ont commencés dans la Salle Multi.
J’étais là et je regardais les athlètes autour de moi : Russes, Italiens, Autrichiens, Allemands, Canadiens, Français, tous âgés entre 16 et 21 ans.
La moitié d’entres eux ne comprenaient pas un traitre mot de ce qui se disait à l’avant, mais ils étaient fiers d’être là.
J’ai pensé : « Wow, j’ai autour de moi l’élite sportive de demain. »
J’ai aussi pensé : « Wow, je suis vieux et mou. Surtout mou. »
Ces jeunes-là se sont entrainés toute leur vie. Chaque jour ils mettent leurs skis, vont au gym, travaillent chaque geste et peaufinent chaque détail. Leur seul objectif est la vitesse, l’amélioration, l’étape supérieure. Les Championnats mondiaux juniors qui se dérouleront du 18 au 28 au Massif de Charlevoix et au Mont-Sainte-Anne sont une étape de plus dans leur parcours, une étape importante à ne pas manquer.
Parce qu’ils vont tout donner sur les pistes.
Parce que la moitié de ces athlètes n’ont strictement rien compris aux discours protocolaires, mais qu’ils ont quand même retenu un mot, un seul. Sotchi.